Les eaux sauvages ou la naissance des torrents

Provenant de la fonte des neiges et des glaciers ainsi que de la pluie, les eaux sauvages dévalent la pente et finissent par se rassembler. Ainsi se forment les torrents. Tout au long de leur parcours, les eaux sauvages ravinent le sol. Cette action mécanique est érosive mais elle conduit également au transport et à l’accumulation de matériaux. A cause de la pente relativement forte et de l’intensité des précipitations pluviométriques, les conséquences sont parfois désastreuses pour l’environnement mais aussi pour les hommes. Les zones les plus exposées sont généralement dépourvues de végétation, cette dernière ralentissant fortement le phénomène de ravinement.

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Les torrents sont des cours d’eau à pente raide. Ce sont généralement des eaux de montagne. Ils proviennent de sources rhéocrènes (source apparente, en pente, avec débit) et de glaciers mais plus généralement d’eaux sauvages qui ruissellent le long des pentes.
Le profil d’un torrent change en permanence. Les crues plus ou moins puissantes modifient sans cesse les courants et leur action érosive sur le lit et les berges du cours d’eau. Ce phénomène est amplifié par l’irrégularité du débit et un écoulement laminaire et turbulent.

La partie amont du torrent est appelé bassin de réception. C’est ici que l’eau de pluie commence son long périple. Profitant d’une dépression dans le relief, l’eau s’écoule le long de la pente abrupte. Elle dévale dans de profondes rigoles qu’elle a creusée pendant des années pour atteindre le canal d’écoulement. Concentrées dans cet entonnoir naturel, les eaux poursuivent leur travail d’érosion mais aussi de transport. Au cours des crues, relativement nombreuses sur une année, le ravinement se poursuit. La puissance considérable du cours d’eau creuse le fond du lit, affouille les berges et élargit les fissures dans les roches. Les matériaux transportés percutent le fond et augmentent encore l’effet érosif. En roulant sur le fond, les blocs perdent leurs arêtes saillantes et finissent par se transformer, si le torrent est suffisamment long, en galets. Ils frottent sur le fond et s’usent contre les parois de grosses roches. Entraînés dans un mouvement giratoire, les blocs rocheux et les sables creusent des puits cylindriques dans les roches appelées marmites. Celles-ci peuvent se rejoindre et former des canaux étroits aux formes concaves.

Après cette descente infernale, l’eau arrive dans une zone où la pente s’atténue brusquement, le cône de déjection. La vitesse du courant et la puissance du cours d’eau se réduisent et les alluvions commencent à se déposer. Les eaux abandonnent les matériaux précédemment transportés et devenus trop lourds. Lors de chaque crue, les plus gros blocs se déposent en premiers. Petits blocs et galets s’arrêtent ensuite avec une taille qui diminue au fur et à mesure jusqu’aux sables. Une crue violente arrache à nouveau ces alluvions et vient les déposer un peu plus en aval formant un nouveau cône de déjection composé de strates entrecroisées.
Après un très long travail d’érosion vers l’aval, le torrent va entrer dans un stade d’érosion régressive (Plateau de Cerdagne dans les Pyrénées). Le profil longitudinal se creuse plus à l’aval qu’à l’amont et chaque rupture de pente remonte vers l’amont.

Après avoir creusé profondément son bassin d’alimentation, le torrent trouve un profil longitudinal qui tend à s’immobiliser. Il suit une ligne concave vers le haut, à pente douce pour l’aval, à pente très raide pour l’amont. Le torrent ne creuse jamais au dessous du niveau de base qui passe par le cône de déjection. Le profil d’équilibre est tangent au niveau de base.

Les conditions de vie dans ce milieu instable sont très rudes pour ses habitants. Les crues sont nombreuses et dévastatrices. Elles érodent le substrat avec violence et perturbent l’évolution des invertébrés aquatiques. Un orage concentré sur le bassin de réception peut faire gonfler en un instant le cours d’eau qui charrie alors un volume considérable de matériaux. Dans les conditions extrêmes, et conséquent à un fort ravinement sur le bassin de réception, des  coulées de boues peuvent se produire. Ces dernières vont colmater le fond de la rivière, étouffant un partie des invertébrés aquatiques. Des glissements de terrain peuvent également entraîner une grande quantité de matériaux dans le cours d’eau, les conséquences sur la faune seront les mêmes, asphyxie, dérive catastrophique, mort par écrasement ou par choc. Des embâcles naturels peuvent être crées par ce phénomène. Un versant montagneux s’effondre dans le torrent et obture complètement son lit. Un petit barrage se forme avec les eaux qui arrivent de l’amont. Sous la pression qui augmente, la retenue naturelle finit par céder. Une crue soudaine et de forte amplitude va suivre. Le lit du torrent va s’en trouver complètement modifié. De nouveaux cônes de déjection vont apparaître, recouvrant l’ancien lit d’une quantité très importante de matériaux. Les embâcles peuvent également provenir d’orages de grêle. C’est cette dernière qui va obstruer le cours d’eau et déclencher ensuite une crue soudaine, puissante et dévastatrice.
Dans les cas extrêmes, les dommages infligés au milieu peuvent être considérables. Cela peut aller jusqu’à l’annihilation totale des peuplements aquatiques sur plusieurs kilomètres. Lors de tels évènements, il vaut mieux vivre sur terre que dans l’eau et surtout ne pas se trouver à la pêche.

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