Nymphes plombées, perdigones, casques d’or oui mais …
Nymphes plombées, perdigones, casques d’or oui mais …
En regardant les publications défiler sur certains groupes de pêche à la mouche ou de mouche au toc, je constate que les modèles de nymphes proposés, sont pratiquement tous identiques et surtout très fortement plombés. C’est à croire qu’il faut absolument des « enclumes » pour garnir ses boîtes et réussir ses parties de pêche. Si un lestage important peut faire la différence par condition d’eaux fortes ou dans les zones profondes, il sera très néfaste dans de très nombreuses situations. Mais avant de détailler un peu plus certaines explications, je vous propose de faire un tour dans le passé.
Avant d’avoir vu la pêche en nymphe au fil se développer, les vieux pêcheurs à la mouche ont bien connu la roulette ou le bikini. Dans les années 80, ces deux techniques étaient employées par quelques pêcheurs français sur les grosses rivières de Franche-Comté ou sur les rivières pyrénéennes. Ces deux méthodes, très proches l’une de l’autre, permettaient d’amener des nymphes à des profondeurs relativement importantes ou de les maintenir près du fond dans les zones très turbulentes, secteurs impossibles à atteindre ou à pêcher avec des techniques « mouche » traditionnelles. Interdites par la loi française, par certaines fédérations, associations de pêche ou en compétition, elles sont restées confidentielles ou inconnues d’une grande partie des pêcheurs. Dans les années 90, j’ai pu me rendre compte de l’efficacité de la « roulette » en accompagnant Michel Contini, une figure de la rivière d’Ain et propriétaire du magasin de pêche « le Thymalus » à Priay et qui m’avait invité à pêcher sa rivière. Afin de me montrer la richesse extraordinaire en ombres, il fit une petite entorse à l’éthique pendant quelques minutes en fin de journée sur un courant puissant qui entrait dans un grand plat. Après quelques captures qui s’enchaînèrent très rapidement, j’ai vu que l’entraînement très rapide vers le fond d’une petite mouche fixée sur une potence par l’intermédiaire d’une plombée importante, était diablement efficace. Quelques saisons plus tard, en guidant pour la maison Streamer en Autriche, j’ai été initié à la pêche en nymphe au fil par Günther Klein. A l’époque, personne ne parlait de cette technique et seuls les pêcheurs participant à ces stages, étaient à leur tour initiés. Il faut dire que la plupart des rivières de l’Ostirol sur lesquelles nous guidions avec Fabrice Monnel, se prêtaient parfaitement à cette technique. Bien évidemment, d’autres guides ont employé cette technique de pêche à cette période ainsi que certains compétiteurs. Je pense à mon ami Stéphane Poencet, à Thierry Millot et bien d’autres. L’information circule vite… relayée à l’époque par Pêche Mouche, Le Moucheur ou Plaisirs de la pêche.
C’est à peu près à la même époque que les « casques d’or » ont commencé à faire parler d’eux. Depuis, ils ont envahi les boîtes de mouches.
Les ombres record de la grande Draü
Après ce petit retour en arrière, revenons à la partie technique. Si la nymphe au fil n’est pas extrêmement compliquée à mettre en œuvre, elle a tout de même quelques subtilités. Une des choses à savoir est que pêcher en nymphe au fil ne veut pas forcément dire plombage important et si ce doit être le cas dans certaines circonstances, ceci ne doit absolument pas concerner toutes les nymphes. Personnellement, je me suis vite aperçu que certains poissons ne se contentaient pas d’éviter les mouches très lourdes mais avaient plutôt tendance à les fuir. A leur passage, les très gros ombres de la grande Draü disparaissaient même dans les profondeurs pour ne plus réapparaitre, restant invisibles pendant parfois plusieurs heures. Le subterfuge était trop grossier pour duper ces poissons très éduqués.
C’est ce que j’ai pu constater un jour entre le départ d’un groupe de pêcheurs et l’arrivée du suivant. J’ai pu me rendre sur un parcours de cette grande et puissante rivière alpine où les ombres communs atteignent des tailles monstrueuses. Sans pêcheur à guider, j’ai eu le temps de m’approcher très près de ces poissons. J’ai ainsi pu observer leur comportement et leurs évolutions toute une journée. Sur ce secteur, il n’y avait pas un ombre en-dessous de 50 centimètres et certains dépassaient largement les soixante. Ce jour-là, la majorité des poissons était visible. La lumière était parfaite, les eaux étaient très légèrement teintées mais relativement transparentes. J’étais seul sur ce long parcours et je prenais beaucoup de précautions à soigner mes approches.
Positionnés entre un et deux mètres de profondeur, dans de grosses poches plus ou moins calmes longeant un courant très puissant, ces gros ombres louvoyaient tranquillement et je pouvais parfaitement les voir se saisir de nymphes ou de proies portées par les flots. Après quelques tentatives, j’ai constaté qu’il était impossible, vu la puissance de la rivière, de pouvoir présenter une petite nymphe à la hauteur de ces poissons. Celle-ci dérivait bien trop vite et passait largement au-dessus des poissons que je visais. Même les Piam, constituées uniquement de plomb peint, que Jean-Pierre m’avait données au bord de la Loue, passaient trop haut. Par une ou deux fois, la nymphe dorée est arrivée devant un ombre mais celui-ci a immédiatement pris la fuite.
Voulant contourner ce problème, j’ai rapidement décidé de lester ma ligne à l’aide de « roulettes », ces grosses nymphes hyper plombées qui vous cassent un scion au moindre contact avec ce dernier. Mais, hélas, le passage de ces « enclumes » faisait fuir instantanément tous les poissons que je visais.
Long bas de ligne et mouches éloignées l’une de l’autre
J’ai donc décidé de tenter une autre approche en modifiant ma ligne. J’ai fixé sur mon long bas de ligne une potence à un mètre de distance de ma très lourde mouche de pointe alors qu’en général, les deux mouches ne sont espacées que de 40 centimètres au grand maximum. Nouée à cette petite potence, j’ai placé une imitation de nymphe de trichoptère que j’utilisais généralement en lac ou sur les grands plats de la Loue où elle s’était avérée redoutable. L’une de ses particularités était l’absence total de plombage. L’autre étant sa constitution avec un corps relativement fin et une petite demi-collerette lui faisant ressembler un peu à une mouche noyée. Premier posé en bord de courant avec un lancer très en amont du poisson que je vise. Ma ligne descend sans toucher le fond que je ne distingue pas et qui doit être sous 3 ou 4 mètres d’eau. Mon témoin en pâte placé deux mètres au-dessus de ma potence me permet de visualiser la position de mes nymphes. J’essaye de maintenir ma ligne tendue en cherchant à placer ma mouche de potence à la hauteur de l’ombre qui évolue sous un peu plus de deux mètres d’eau. Il se tient un tout petit peu à l’amont et latéralement par rapport à ma position. Ma ligne n’a pas le temps de passer devant lui. A la vue de ma petite mouche, il s’est rapidement déplacé vers l’amont et un peu sur la gauche pour s’en saisir. Je le vois l’engamer et mon ferrage est immédiat. Il est pris. Quel bonheur ! Un poisson record pour moi. Il mesure 54 centimètres. Comme diraient les jeunes, je suis comme un dingue et les heures qui vont suivre seront encore plus incroyables. Ce sera une succession de captures aux tailles impressionnantes et depuis plus de 25 ans, je n’ai jamais refait une pêche de thymalidés aussi extraordinaire et je crains que cela ne soit même plus possible de nos jours.
Ce qui me fait le plus plaisir aujourd’hui, c’est le raisonnement que j’ai eu ce jour-là. Il m’a permis de tromper la méfiance de ces poissons en arrivant à leur proposer une nymphe artificielle sans qu’ils ne déjouent le piège tendu. Bien évidemment, je pense que j’ai également été très chanceux. Le choix de cette nymphe particulière a joué un grand rôle. Mais c’est aussi la présentation d’un modèle relativement sobre et réaliste, rempli de vie et également l’éloignement des deux mouches qui m’ont permis de faire la différence.
Alors, vous qui pêchez en nymphe au fil ou en nymphe au toc, ayez toujours à l’esprit que certaines mouches non lestées seront d’une efficacité incroyable et largement supérieure à tous les modèles très ou trop lestés. La mouche de pointe a pour objectif essentiel d’amener celle qui est attachée sur la potence à profondeur de pêche. Rien n’empêche qu’un poisson puisse s’en saisir mais si l’on fait le ratio entre les captures réalisées par ces deux mouches, il n’y a pas photo. C’est très souvent celle en potence qui donnera les meilleurs résultats. C’est encore plus vrai lorsque celle-ci est une mouche imitative ou sans bille. Aujourd’hui, les « casques d’or » constituent la plus grande majorité des modèles que l’on peut voir sur les réseaux sociaux. L’avènement des perdigones a accentué cette propagation. Mais je peux vous garantir que dans certaines situations ou face à des poissons un peu trop taquinés, les mouches simples, peu plombées et à fort pouvoir vibratile seront très largement supérieures.
Essayez, vous m’en direz des nouvelles…
Hervé THOMAS
D’autre articles en rapport avec celui-ci :
https://www.fildepeche.fr/le-choix-des-nymphes-louverture/
https://www.fildepeche.fr/nymphe-au-fil-technique/
https://www.fildepeche.fr/nymphe-au-fil-horizontale/
Laisser un commentaire